Quis coachet ipsos coachodes?*

Dans la culture CT (Coach & Team), nous sommes conscients de la nécessité de garantir notre développement continu. Pour tous, il s’agit même d’une évidence. C’est pourquoi, parallèlement à sa pratique, le coach CT veille à se former, à se faire superviser et à suivre une thérapie. Rien de moins.

Tous ces espaces (la formation, la supervision et la thérapie) sont évidemment liés à la déontologie, à l’éthique, aux valeurs. Mais ce n’est pas tout car elles parlent aussi de nos croyances, des stratégies apprises et surtout de la nécessité de les interroger en permanence dans chacun de nos actes, de nos interventions et même de nos intentions. Comme me le disait hier Olivier, le kiné qui m’épaule durant ma rééducation: « Nous ne sommes limités que par nos croyances. Et celles-ci sont souvent inconscientes. »

Ah l’inconscient, le mystère comme l’appelle très justement Vincent Lenhardt… 

En tant que coach, nous devons veiller en permanence à ce que nos croyances, nos représentations, nos jugements, nos peurs, nos blessures et tout ce qui compose le mystère de notre inconscient ne troublent pas notre pratique. C’est la raison d’être des « gardes-fous » (pardonnez-nous ce terme totalement inapproprié et peut-être même de mauvais goût) dont je parle plus haut.

Pour illustrer mon propos, laissez-moi vous raconter une récente « aventure » personnelle dont le trouble inattendu qu’elle m’a causé trouve sa source dans un traumatisme remontant à plus de 50 ans.

Le trouble

C’était un soir de théâtre à l’hippodrome de Boitsfort où un chapiteau avait été dressé pour accueillir le spectacle Festen. Bélie et Gaëlle garaient la voiture pendant que je les attendais à l’entrée où elles m’avaient déposé. Plâtré, j’étais encore en chaise roulante et je les attendais.

Quand elles sont arrivées, j’étais debout sur un pied, je traînais tant bien que mal la chaise, je transpirais, je m’agitais et je me sentais mal sans avoir perçu ce changement chez moi. « Que fais-tu ? On est là, on va t’aider ! » J’étais comme en transe, décentré et plus du tout ancré.

Si j’ai entendu leur réflexion – sans aucun doute un mot d’amour et de réconfort – elle n’a eu aucun effet apaisant sur ma conscience. Il m’a fallu au moins 15 minutes pour me calmer.

Respiration.

Que s’était il passé en moi ? Le mystère. Dans un premier temps. J’ai depuis mis des mots l’origine de cette épreuve.

La source

Je me revois dans la cour de récréation de l’école. J’avais 7 ou 8 ans et nous attendions le bus qui devait nous emmener en excursion scolaire. Coo, sa cascade et son bassin aquatique nous attendaient pour ce qui devait être une journée de détente et de joie. Pourtant, moi, dans mon coeur d’enfant, je vivais une insupportable humiliation. Dans le feu de l’action, ma mère avait en effet oublié de m’équiper pour la sortie. Je n’avais donc ni maillot de bain, ni serviette éponge, ni pique-nique. Et comme si cela ne suffisait pas, cette omission me valait d’être la risée de mes camarades. Ma seule envie était de fuir. J’ai alors ressenti une tristesse infinie que je ne voudrais plus revivre.

Et c’est bien quelque chose de cette nature que, diminué dans ma chaise, j’ai revécu devant ce chapiteau. J’ai parlé avec mon thérapeute de ces blessures passées, jamais totalement effacées et qui me valent sans doute, au fond de moi, une soif qui sera à jamais inassouvie.

La leçon

Je me suis redis que cela peut m’arriver à tout moment, en situation privée comme professionnelle. Un mot, un regard, une expérience, un ton de voix, et c’est le passé, le notre ou celui de nos ancêtres qui revient au galop et nous fait nous figer ou au contraire nous agiter. Ce sont nos croyances, nos décisions antérieures qui reprennent toute la place et nous décentrent. D’où la nécessité du développement continu de soi, du Soi. A plus forte raison lorsque l’on a la responsabilité professionnelle d’accompagner l’autre.

N’hésitez pas à partager vos expériences…

* Les distingués latinistes me pardonneront cet à-peu-près inspiré de la citation du poète romain Juvénal« Quis custodiet ipsos custodes? » (Qui gardera ces gardiens?). Faites-moi l’amitié de considérer que « Quis coachet ipsos coachodes? »signifie « qui coachera ces coaches ». En vous remerciant;-)

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2 commentaires sur « Quis coachet ipsos coachodes?* »

  1. Jeanne,
    Merci Philippe, pour le partage de ces humbles moments de vie qui appellent les souvenirs qui tapissent notre être à notre insu.
    Je viens de retrouver les lignes de Proust, dans le célèbre passage évoquant LA madeleine, dans du côté de chez Swann, lignes que je partage ici :

    « Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus
    persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir. »

    Odeurs, saveurs, situations émouvantes, … tous les liens existentiels, qui nous invitent secrètement à nous appuyer au présent, sur nos histoires passées pour nous projeter dans un avenir plein.

    Bonne suite d’aventure à toi,
    Jeanne

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