Sax aphone…

Le rendez-vous était pris de longue date…

Il y a tout juste un an, lors de mon installation au centre ville, je m’étais en effet promis de donner un concert sur la terrasse, face au lac de Louvain-la-Neuve. J’en avais même fixé la date et l’heure: le 24 décembre 2019 au coucher du soleil.

J’en avais ensuite parlé à quelques amis, histoire de sonder leur intérêt pour la chose et leur proposer une association musicale. Parler d’association c’est accepter l’ouverture, l’adaptation et la flexibilité.

Aussi, lorsque Daniel me répond présent avec toutefois une petite réserve («… peut-être pas le 24 juste avant le réveillon car nous avons les enfants à la maison… »), je déplace volontiers le projet à la date du 30 décembre. Ouverture, adaptation et flexibilité vous dis-je…

Au jour, au lieu et à l’heures convenus, nous nous retrouvons Daniel et moi pour offrir à un public conquis d’avance notre répertoire pour saxo alto et saxo ténor. Nous sommes concentrés et avons bien conscience de vivre un joli moment de partage et de plaisir. Tout à coup, au milieu de « Still Loving You », plus moyen de sortir un La# et encore moins un Sol# de mon saxophone. Gros malaise! Il n’y a pas si longtemps, ma première réaction aurait été de regarder mon sax en lui cherchant un nouveau défaut. Aujourd’hui, plus de dérivatif ou de faux-semblant. Stress intérieur, rigidité des lèvres, resserrement du gosier, poitrine refermée et enroulée sur l’avant. Des signes que je connais et dont je sais qu’il est difficile de sortir sur le moment. Devant mon trouble, Daniel réagit en ami et me manifeste de l’attention. Il me confirme qu’il connait cela et m’invite à la douceur et à la patience. « prends ton temps, souffle ». Pour m’apaiser, Dan me joue alors « Despacito », un cadeau trop touchant.

Comment traverser ce moment de frustration, de colère et de gène ? 

Il m’a fait penser à Patti Smith lors de sa prestation à la cérémonie de remise du prix Nobel à son ami Bob Dylan. Au milieu du chant, son émotion et son stress avaient eu raison de sa mémoire. 

Comme vous venez de le voir, ce genre de trouble arrive donc même aux meilleurs ! Je ne me compare bien sûr pas à l’immense Patti Smith, je me sers seulement de cette situation pour relativiser mon petit accident. Mais au fond, est-ce même seulement nécessaire ?

Je l’écris maintenant avec tendresse et je regarde les progrès accomplis sur cette année de saxo, le plaisir que je ressens en jouant, les permissions que je me donne d’être soulagé d’être élève, la joie de la sollicitation de Laurent, notre professeur, de constituer un quatuor en juin prochain. Et je me pardonne ma colère sur moi. Même sans autre condition.

Dans ma posture de professionnel, comme je le répète souvent, combien de fois me suis-je dit que je n’avais pas été à la hauteur ! Ne me demandez pas de quoi sur le moment même, je ne peux l’exprimer qu’en terme de ressenti . Ce n’est qu’après, dans un temps de recul, que je peux théoriser ce qui s’est déroulé, ce que je n’ai pas mis en oeuvre, je peux alors analyser et décrire les compétences que je n’ai pas mis à disposition de mon client, les processus parallèles que je n ‘ai pas dépistés, etc.

Heureusement, il y a aussi ces nombreux autres moments où j’ai perçu l’apport de ma présence, de mon être sur l’évolution de mon client. Et j’ai aussi pris le temps de théoriser par après. Cela m’aide à construire une identité suffisamment stable pour être avec l’Autre.

Alors, question pour vous: à quand remonte la dernière fois où vous avez perçu de la colère sur vous ? Qu’est-ce qui vous empêche alors de poser un regard de bienveillance et de tendresse inconditionnelles sur vous ?  Que pouvez-vous mettre en oeuvre et de quoi avez-vous envie de témoigner ? Vos témoignages sont les bienvenus.

2 commentaires sur « Sax aphone… »

  1. Bernard Lavilliers – Sax aphone

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    | | | | Bernard Lavilliers – Sax aphone

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    Philippe GOESEELS

    rue François Gay 51

    B 1150 Bruxelles

    Belgium

    Tel 00 32 2 762 00 20

    gsm 0498 22 40 02

  2. Philippe, ton partage humble et souriant de ton aventure « sax’aphone » raisonne tant pour moi sur mon parcours vers la posture de coach!
    J’ai souri avec bienveillance en t’imaginant, j’ai pensé à ma dernière colère contre moi que j’avais travaillée avec ma psy et dont j’avais beaucoup appris.
    Sur mon chemin de croissance tout n’est pas linéaire. Cela fait du bien de savoir que c’est pour tout le monde pareil, mais si à niveaux différents.
    Merci à toi.

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