Un oiseau pour le chat

Le week-end dernier, confinement oblige, c’est« virtuellement » que j’animais un séminaire de logothérapie prévu de longue date.

A un moment, durant le week-end, je partage avec les participants le constat suivant: « Je ne sais pas. Je ne sais plus…»

A ces mots, Sylvain tente une réaction. De mon côté, j’attribue – un peu rapidement, je le confesse – sa réaction au fait qu’en Belgique, nous utilisons volontiers le verbe « savoir » pour signifier « pouvoir » (être en capacité de…). Je place alors injustement Sylvain dans la catégories des amis français qui se moquent gentiment de mes chers belgicismes. Je me contente donc de sourire et de botter en touche…

Comme nous le verrons tantôt (autre belgicisme qui signifie « tout à l’heure »), je me méprenais… Confusion et erreur de ma part. 

Une petite heure plus tard, Sylvain remet le couvert et revient sur sa réflexion. Annihilant de facto mon interprétation, il me confirme être réellement curieux de savoir ce que je voulais dire par « je ne sais pas, je ne sais plus ».

Déjà, merci Sylvain de ta persévérance ! Merci de ta générosité, de ton attention, de ta confiance. Je trouve aussi que tu manifestes ainsi une belle écoute à mon égard et en cela, je me sens soutenu et encouragé.

L’insistance de Sylvain m’invite à réfléchir plus loin dans l’expression, non seulement de ma pensée, mais aussi et surtout de mes ressentis. Tout ceci me renvoie aussi à la conscience de l’imposteur que je pourrais être dans un contexte tel que celui d’aujourd’hui, en pleine attaque de virus.

Suis-je, comme le disent Geluck et son chat, un con finé ou un con fini ?

A moins que – dernière référence suggérée par mon ami Philippe – je ne sois confronté à ce que Michel Fugain chantait dans « Fais comme l’oiseau »:

« Mais je suis seul dans l’univers

J’ai peur du ciel et de l’hiver

J’ai peur des fous et de la guerre

J’ai peur du temps qui passe, dis

Comment peut-on vivre aujourd’hui

Dans la fureur et dans le bruit

Je ne sais pas, je ne sais plus, je suis perdu »

Rien de tout cela. Je n’étais pas perdu. Je ne suis pas perdu. Dans notre environnement de confinement, il ne me reste que les ressentis comme seule vérité de la vie qui coule encore et toujours en nous. Point de savoir ni de connaissance qui puissent nous guider sur le chemin tortueux et caché du futur. Jacques Lacan avait raison: « Il n’y a pas de signifiant, pas d’objet, pas de connaissances ni de savoir qui puisse apporter une réponse définitive au mystère de la Vie ». La seule vérité reste, selon le philosophe et phénoménologue Michel Henry, la donation radicale de la vie et sa manifestation entière dans l’auto-affection qui nous est donnée en éprouvant à fleur de peau ce que nous traversons encore aujourd’hui.

Réjouissances et souffrance.

Bienvenue à la cohabitation!

la photo de Philippe Geluck et de son double philosophique est parue dans Le Soir du 20 mars 2020

Un commentaire sur « Un oiseau pour le chat »

  1. Entre ce que je pense,
    Ce que je veux dire,
    Ce que je crois dire,
    Ce que je dis réellement,
    Ce que tu veux entendre,
    Ce que tu entends,
    Ce que tu crois comprendre,
    Ce que tu veux comprendre,
    Et ce que tu comprends réellement,
    il y a neuf possibilités
    de ne pas s’entendre !

    Bernard Werber

    Je ne suis pas toujours ce que vous croyez. … (vous me suivez?)

    l’ami Philippe

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